Détective Dee – La légende des rois célestes

Nous vous avions déjà un peu parlé de Tsui Hark lors de la diffusion de son précédent film :
La Bataille de la montagne du tigre

Nous aborderons donc plus le personnage de Détective Dee et comment à travers lui Tsui Hark a su retrouver la saveur expressionniste de son cinéma

Les origines du personnage

Le juge Ti est un véritable fonctionnaire ayant vécu durant la dynastie Tang (Il vécu de 630 à 700).
Il s’est illustré à cette époque par son courage et son intelligence d’homme d’état. On le connaît grâce à des livres tels que L’ancien Livre des Tang (945) et le nouveau livre des Tang (1060).

Robert Van Gulik; écrivain néerlandais du début du 20ième Siècle parlant anglais, néerlandais et japonais découvre le potentiel du personnage de Dee en traduisant en 1948 un roman policier chinois Dee Gong an. Ce sont 3 affaires criminelles résolues par le juge Ti (Dee-Jen-Dijeh), basées sur des cas historiques.  Il publiera 16 (ou 24) romans de fiction racontant les enquêtes du Juge Dee. A l’époque de la dynastie Tang. Ces romans ont été édités en France aux éditions la découverte (4 volumes regroupant plusieurs aventures). Van Gulik réalisait lui-même les dessins en adoptante style estampe japonaise pour ses histoires.

Les romans se situent tous avant que Dee n’occupe ses fonctions officielles au palais impérial.
Le juge Ti (Traduction française) est un genre de Sherlock Holmes parce qu’il possède le même sens aigu de la déduction. Mais c’est un personnage imparfait. Il ne sait pas nager par exemple. (Ce que Tsui Hark utilisera dans le deuxième épisode de ses aventures).

C’est un personnage historique devenu un héros de fiction.
C’est donc le caractère parfait pour Tsui Hark qui à toujours aimé réinventé l’histoire et la culture chinoise par le biais du cinéma populaire pour l’ouvrir au monde. Comme il a fait avec le personnage de Huang Feihong à travers les Il était une fois en Chine.

                                   le détective Dee et Dragon Docile

Les Films

Le premier film, Détective Dee et le mystère de la flamme fantôme (2010); se déroule 8 ans après la conclusion de la série de Van Gulik.
Et le deuxième, Détective Dee et la légende du dragon des mers (2014) raconte la jeunesse de Dee juste avant la série de romans. Dans les 2 cas; également dans le troisième épisode; Dee résout des enquêtes ou se mêlent mysticisme, complot, assassins masqués grâce à son sens inné de la déduction allié à un sang froid impeccable qui lui permet une certaine forme d’humour.

Le personnage est joué par Andy Lau, dans le premier et Mark Chao, dans les 2 suites.

Dans le premier film, l’impératrice fait sortir Detective Dee du cachot ou il croupie depuis 8 ans pour avoir combattu son arrivée au pouvoir. On lui rend son épée, dragon docile, (épée qui a la capacité de déceler le point faible de n’importe quelle arme et qui est au centre de l’histoire du troisième épisode), que lui avait remis l’empereur (Scène vue dans Détective Dee 2). Il retrouve également Shatuo Zong (Joué par Tony Leung Ka-Fai dans le première et Lin Gengxin dans les 2 suivants), un ami possédant des connaissances médicales qui lui seront utiles en de nombreuses circonstances et, qu’il rencontre lors de sa première aventure quand il arrive dans la ville du palais impériale(Détective Dee 2).

                                   Détective Dee 3 : La légende des rois célestes (2018)

Le troisième épisode enchaîne directement avec le précédent; c’est donc un Dee jeune qui revient dans cette aventure. La relation entre Dee et l’impératrice Wu Zetian; première et seule femme a avoir été impératrice à l’époque de la dynastie Tang; est centrale dans les 3 aventures. C’est d’ailleurs le seul personnage à être joué par la même comédienne dans les trois films : Carina Lau. C’est cette relation qui intéresse particulièrement Tsui Hark. En effet il la rencontre dans l’épisode 2, immédiatement il craint son immense pouvoir et son ambition puis plus vieux cette crainte se transformera en respect poli mais Dee restera avant tout un personnage marginal poussé par son désir de vérité, car comme il le dit : « Seule la vérité mène à la justice et je lutte pour les 2 » . Dans les 3 films le déclencheur de l’aventure est une femme : l’impératrice évidemment ; elle est la némésis du Détective; c’est à son contact que Dee exerce son sens et son approche de la justice.
Mais aussi la belle Yin Ruiji (Angelababy) dans le 2; amoureuse de Yuan Zhen (Kim Bum) l’homme héritier de la maison du thé de la sérénité transformé en monstre pour servir des ambitions complotistes.

                                   Détective Dee 2 : La légende du dragon des mers (2014)- Yin Ruiji

Dans le 3, Tsui Hark nous glisse une jolie histoire d’amour naissante entre Shatuo Zong et Moon Water (Sichun Ma), la guerrière bornée C’est un désir de Tsui Hark. Dans ses films les actions des hommes prennent souvent naissance grâce au désir d’une femme.

                                   Détective Dee 3 : La légende des rois célestes (2018)- Moon Water

On l’a dit Dee respecte et craint l’impératrice. Et quand c’est l’empire entier qui est en danger par la mise en danger de sa personne il n’hésite pas à s’allier à elle pour démasquer les complots contre le pouvoir. Mais Tsui Hark n’hésite jamais à égratigner au passage la corruption des élites, les paroles données mensongères et l’injustice vécues par certaines communautés. Ses histoires ne stagnent pas dans les arcanes du palais impérial mais elles nous font voyager dans les rues de la ville à l’époque de la Dynastie Tang et nous donne une vision captivante de cette époque.

On pourrait voir le premier épisode des détective dee comme une forme d’allégeance à la Chine Populaire qu’il rejoint en 2010, à l’époque du premier donc, pour pouvoir continuer à réaliser le cinéma dont il a envie. En effet la Chine offre à Tsui Hark la possibilité d’expérimenter les nouveaux outils narratifs. Le relief d’abord qu’il maîtrise parfaitement; et la légende des rois célestes en est l’exemple frappant. Pourtant contrairement à certains de ses confrères réalisateurs qui on abandonné toutes velléités contestataires pour devenir les cobayes d’un cinéma nationaliste chinois; Zhang Yimou en tête (Héro, le secret des poignards volants…) Tsui Hark ne fera pas ce qu’on lui demande mais bien ce qu’il a envie. Il reste le sale gosse qu’il a toujours été : Comme avec cette dernière séquence de La Bataille de la montagne du tigre en rayant le discours propagandiste par une scène de pur délire surréaliste qui annule toute la reconstitution voulue historique du film

Avec Détective dee, Tsui Hark retrouve toute la force baroque et complètement folle de sa mise en scène. Il est l’un des rares réalisateurs a pouvoir se coller au principe du blockbuster chinois sans jamais se renier mais bien au contraire en offrant un spectacle total et sidérant. Alors est ce que Tsui Hark aurait abandonné sa personnalité artistique aux sirènes des studios chinois sous contrôle gouvernemental?
La toute fin du premier Dee pourrait nous donner un élément de réponse. C’est le moment ou le Détective est censé devenir le personnage d’état qui rentrera dans l’histoire. Après son allégeance à l’impératrice, on retrouve Dee discutant avec son ami Zathuo et lui disant ce qui sonne comme une confession de la part du réalisateur :

Rien n’est sûr
Je suis un solitaire
Je n’ai nulle part où aller
Mon âme est mon refuge
                                   Tsui Hark au travail

C’est pour cela qu’on aime Tsui Hark.
Et aussi pour sa folie créative sans cesse renouveler,
son sens incroyable du mouvement et sa volonté d’offrir toujours plus aux spectateurs émerveillés que nous sommes devant ses oeuvres.

Il faut découvrir ses films au cinéma. Il faut soutenir cette proposition de cinéma différente et sincère.
Loué soit à The Jokers d’avoir sorti Détective Dee : La légende des rois célestes en France et nous avoir permis de le découvrir en 3D.

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