Entre le bis et l’ailleurs – ROAR (1981)

Seule réalisation du producteur (l’Exorciste de W.Friedkin) Noel Marshall, Roar est un film ovni. Inclassable et hallucinant.

Roar est un film pavé de bonnes intentions ; le générique très disney nature au début; qui explosent en vol, dès la première scène. Après les longs remerciements explicatifs et j’imagine sincères, le film éclate tous nos curseurs de plaisirs coupables.
Roar est un film sans tête mais avec un sacré coffre; à la croisée du film familiale disney, du home invasion, du film de monstre et fleurtant par moment allègrement avec le snuff, sans jamais y tombé, heureusement.
Pourtant quand l’affiche annonce fièrement et de façon un peu putassière : aucun animal n’a été blessé durant le tournage de ce film mais 70 personnes de l’équipe technique et du casting l’ont été; on aurait pu se poser la question…

Au final le film évite cet écueil malencontreux qui aurait tellement desservi son propos. La première heure est phénoménale. C’est du jamais vu! On a l’impression que tout le monde, animaux compris, est en roue libre. Des acteurs inconscients (Comme le héros qui roule à fond à moto à côté d’une girafe qui tape un sprint), des félins qui déchiquettent tout ce qu’ils peuvent se mettre sous la dent (sauf les humains on vous l’a dit), des éléphants qui chargent. Bref les animaux cabotinent à mort devant la caméra de Jan De Bont(le futur réalisateur de Speed et Twister. Et chef opérateur de Paul Verhoeven à ses débuts). Les scènes sont réellement flippantes parce qu’on sent bien que le réalisateur ne contrôle qu’à moitié les choses. En fait Roar semble avoir été réalisé par des enfants de 10 ans à qui ont aurait laissé une caméra, une bande de gros matous facétieux et bordéliques, l’opportunité de faire n’importe quoi et qui seraient partis pendant le tournage manger une glace. En laissant évidemment les acteurs terrorisés se démerder face aux félins voulant jouer à cache-cache avec eux.Comme si Tippi Hedren avait pas assez ramassé avec Le Film Les Oiseaux d’Hitchcock, la voilà qui remet le couvert avec toute sa famille, entraînée il est vrai par son mari ; le réalisateur-producteur Noël Marshall ; et leur amour immodéré pour les animaux.
Le résultat est profondément jouissif. Etrangement même. Rares sont les films qui nous font ressentir avec autant de force la proximité du danger. Le film nous balade entre véritables scènes de tension, de violence : Les lions qui se battent,  jouent avec des humains et les blessent (Mélanie Griffith a été blessée au visage) ; et d’autres surréalistes, involontairement(?)drôles ; les tigres sur la banquette arrière, le vélo dans la savane de nuit.


Film bancale qui part en quenelles par tous les côtés mais qui in fine transpire maladroitement d’amour pour les animaux. Parce qu’au-delà de la surface il me semble que le film délivre une conviction profonde : Nous ne maîtrisons pas la nature, nous ne sommes pas les maîtres ou les prédateurs ultimes.
Les félins finiront par accepter les humains quand ceux-ci se trouvent dépossédés de tout ce qui les liait à leur « civilisation ».

Le film a été restauré et il est ressortie en début d’année en blu-ray ou on le trouve sur certaines plateformes V.O.D.