Et pendant qu’il pleuvait

La période estivale ayant brillé par son absence dans nos contrées, j’ai eu le temps de visionner quelques vidéos. Voici donc pêle-mêle un assortiment d’images

La traque
De Antoine Blossier
vu en DVD

La chasse est ouverte

Mine de rien les réalisateurs français longtemps décriés pour leur piètres capacités en matière de fantastique avancent. Le chemin est difficile, la route sinueuse et semée d’embûches; on se rappelle des productions Bee Movies : des films vendus comme des supers productions mais avec des budgets ridicules qui nous a donné Bloody Mallory, Requiem (je me rappelle avoir beaucoup ri et mettre beaucoup emmerdé aussi) et puis Maléfique heureusement. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts, Yann Moix a réalisé Cinéman… On a cru que c’était la fin mais d’autres sont arrivés : Fabrice de Welz, Bruno Forzani et Héléne Cattet, Alexandre Bustillo et Julien Maury, Alexandre Aja (parti aux States), Alexandre Courtès… Tout ça pour dire qu’il y a en France un formidable vivier de talents qui ont envie de se frotter au cinéma fantastique et le problème n’est pas dans le manque de sujet, de motivations mais plutôt dans la frilosité des producteurs, des distributeurs. Dans le manque de structures capables d’accueillir des productions de ce type, la spécialisation des personnes. Guillaume Lubrano, qui a réalisé la sympathique série Métal Hurlant disait, de mémoire, très justement que le problème en France c’est qu’il n’y a pas de culture du fantastique installée. Quand on tourne un film fantastique c’est tellement compliqué, tout est à créer, à construire car rien n’existe. Les techniciens sont là, ils ont les compétences (on nous les envies même). Mais il y a si peu de productions que dès qu’une est finie, ils doivent aller vers les productions plus classiques pour vivre de leur métier et le savoir-faire ne se développe que très peu. Si on prend l’exemple de l’Angleterre, ils ont une telle culture dans ce domaine qu’ils savent rapidement comment amener tel ou tel effet, construire ou reprendre les bases d’un objet précédent pour en faire un neuf. Même à la télé; une série comme Docteur Who existe depuis les années 60!

Tout ça pour dire l’immense respect que j’ai pour tous les réalisateurs français qui se lancent dans le fantastique avec la foie, le respect et l’envie d’offrir quelque chose de sincère dans ce domaine. Au vue de la Traque il me semble qu’on peut ranger Antoine Blossier dans cette catégorie. La traque raconte donc l’histoire d’une famille d’exploitants agricoles qui décide de partir chasser une(?) bête qui terrorise et dévore les animaux. Ils vont en profiter pour régler leur compte et découvrir que la nature environnante décime à cause de cette ou ces bêtes. Cette nature qui à mesure qu’ils avancent semble être le reflet de leurs émotions tourmentées. Antoine Blossier maîtrise parfaitement sa mise en scène. Il installe une tension progressive entre les protagonistes. Il se sert de cette forêt, la rendant de plus en plus hostile. Il travaille l’ambiance par un découpage précis et des comédiens très justes (François Levantal et Grégoire Colin en tête). Certaines scènes sont captivantes (la scène dans l’arbre,la cachette sous le sanglier). En bref le film est une réussite malheureusement entachée par des effets spéciaux assez moyens, limite grotesques par moments. Les bêtes sont loin d’être terrifiantes. Et on sent que le réalisateur tente des subterfuges pour masquer cette piètre qualité. Par moments il réussit à faire passer la pilule et d’autres beaucoup moins. C’est bien dommage car au final le film laisse une bonne impression. Et on finit par se dire que oui, on les a nos réalisateurs qui oeuvrent dans le genre. Il serait grand temps que les producteurs et les distributeurs leur donne une vraie chance d’être reconnus. Sinon ils sont condamnés à faire comme Pascal Laugier, Eric Valette ou Alexandre Aja avant eux.

Ce serait bien triste.

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Les âmes vagabondes
de Andrew Niccol

2 dans mon corps

Non ce n’est pas une production Marc Dorcel, loin s’en faut. Surfant sur la vague Twilight; Stéphenie Meyer nous rejoue la même en changeant l’environnement : à savoir le trio amoureux de créatures surnaturelles pleines de romantisme. Mais la réalisation plate comme Jane Birkin enterre petit à petit toute l’originalité de son début dans la lourdeur de rapports amoureux touche-pipi et une niaiserie qui finit par devenir écoeurante tant elle s’apparente à un rêve de princesse . Plus le film avance, plus l’argument science fictionnel se dissout dans les relations dignes d’un livre de la collection Harlequin; je l’aime, non moi je l’aime alors embrasse moi pour le rendre jaloux. C’est bien dommage car quelques bonnes idées surnagent tant bien que mal de l’ensemble : comme l’idée de la double personnalité, la nature des extra-terrestres, le refuge des humains… On pourra le conseiller à un jeune public qui ont encore envie de s’émouvoir devant les atermoiements amoureux de puceaux éphèbes. Mais je ne pense pas qu’ils remplaceront Kirsten et Robert dans le coeur des midinettes.

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L’ultime Attaque (Zulu Dawn)
de Douglas Hickox

La marche des empereurs

Est ce Peter Jackson pour le seigneur des anneaux, Mel Gibson pour Braveheart, ou un autre réalisateur qui a parlé de ce film? Je ne sais plus exactement. Dans mon avidité à décrypter les magazines de cinéma, les interviews des réalisateurs et leurs références plastiques j’ai plusieurs fois entendu revenir le nom de ce film : Zulu dawn. Donc acte, je passe à la caisse et enfourne la galette dans mon lecteur.

Janvier 1879 à Pietermaritzburg, Afrique du Sud. La petite ville est en émoi : le Général Chelmsford vient de déclarer la guerre au roi zoulou Cetshwayo. Peu après, les troupes anglaises, auxquelles se sont joints les Boers, pénètrent en territoire zoulou. Le 22 janvier 1879, 25 000 guerriers zoulous passent à l’attaque…

Le film se divise en 2 parties. La première nous expose les forces en présence. les officiers en anglais d’un côté qui prennent des décisions sans en mesurer les conséquences et de l’autre les zulus avec leur roi qui pense que c’est l’occasion pour eux de marquer l’histoire et de ne pas laisser piétiner impunément le territoire qu’ils habitent depuis des siècles. Même si le film ne prend pas vraiment partie pour l’un  ou pour l’autre et c’est tout à son honneur; on passe plus de temps du côté « des civilisés » plein des certitudes que leur confère leur armée. Peter’O’Toole apportent toute la crédibilité britannique nécéssaire à l’oeuvre.

La déculottée n’en sera que plus forte. La deuxième partie nous offre un incroyable moment de pur cinéma. Voir les anglais découvrir après une colline les 25 000 guerriers zulus est une image marquante. Puis leur course dévastatrice est remarquablement mise en scène. Le réalisateur exploite tout la dynamique de composition de ses images. Diagonales, profondeur, attaque frontale… Tout  cela au service de la progression inexorable des zulus. On garde continuellement la sensation qu’ils avancent dans la même direction (Cela m’a rappelé le travail qu’a effectué Peter Jackson sur la communauté de l’anneau. Et qu’ils massacrant à peu près tous les soldats Anglais sur leur chemin.   Ceux-ci n’étaient visiblement pas près à ça. A ce titre l’anecdote autour des boîtes de cartouches est assez révélatrices. Pour tous dire L’ultime attaque est un excellent classique d’une remarquable efficacité. Il raconte avec un grand sens du spectacle un épisode de la colonisation peu connu; en tout cas de mon point de vue; finalement assez réjouissant et qui s’est reproduit de manière assez récurrente dans d’autres pays à d’autres époques.
Je parle du fait qu’une grande armée « civilisée » se fasse mettre en déroute par un peuple jugé primitif.

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