hommes, femmes, mode d’emploi

Les-Sorcières-de-Zugarramurdi-AfficheLes sorcières de Zuggaramurdi
de Alex de la Iglesia
vu en DVD

Alex De La Iglesia est l’un de ces réalisateurs dont on attend toujours le nouvel opus avec impatience tant celui-ci nous déçoit que très rarement. Sa seule faute de goût pouvant être Crime à Oxford; qui reste tout de même un thriller plutôt efficace. A part celui-là Alex De La Iglesia enchaîne depuis plus d’une décennie des films carburant le plus souvent à l’humour noir corrosif. Profondément misanthrope, comme il le dit lui-même, ses films n’ont de cesse d’afficher la bêtise des comportements humains avec le talent qui transforme son aversion en un déboulonnage réjouissant des consensus et une subversion qui fait plaisir à voir (Action mutante, Le crime farpait, Mes Chers voisins, Mort de rire…) mais il sait également nous cueillir par une explosion de sentiments profondément sincères et humains (800 Balles, Balada Triste…). Pour nous l’un des meilleurs réalisateurs espagnols en activité dans son pays.
Joie, joie, joie donc. Alex De La Iglesia est de retour et nous offre cette fois, encore pourrait-on dire une petite bombe nerveuse et décomplexée.
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L’histoire commence quand un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex symbol malgré lui et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Ils kidnappent en chemin Manuel, un chauffeur de taxi. Leur objectif : atteindre la France en échappant à la police…Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes…

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Il est rare de pouvoir assister à un film qui déploie une telle énergie dès son introduction pour ne pratiquement jamais l’a laisser retomber. Après une présentation rapide qui pose les bases de l’aspect fantastique du film, on enchaîne donc sur cette fameuse scène de hold up ou tous l’art du réalisateur se développe avec une maestria incroyable. En quelques plans; moins d’une minute; De La Iglesia nous restitue l’ambiance de la place. 2 gros plans sur le Jésus argenté et le soldat de plomb et le film est sur les rails. On pourrait presque appeler cela une leçon de cinéma. S’en suit une séquence d’action trépidante, ou l’humour noir côtoie la violence, les poursuites en voiture et la caractérisation des personnages sans que rien ne vienne se parasiter ou ralentir le rythme…

Le temps que nos protagonistes masculins arrivent à Zuggaramurdi; village espagnol existant réellement à la limite de la frontière avec la France; et le film enchaînera une suite de scènes toutes mémorables et des personnages toujours au bord de la rupture. On découvre les sorcières toutes excellemment interprétées par Carmen Maura, Terele Pavez et la fort avenante Carolina Bang et la fort avenante Carolina (ah oui pardon j’me repête!). Sans oublier Santiago Segura (réalisateur et interprète de la série de films Torrente. Inédit en France malheureusement) qui tient là une second rôle remarquable.  sorcieres_zugarramurdi_balai-podsac.net_

A travers ce rollercoaster émotionnel qui ne nous laisse que très peu souffler, Alex De La Iglesia prend le temps d’étaler toute sa misanthropie; les hommes sont lâches, égoïstes, les femmes hystériques et émotionnellement instables. Après ces moults péripéties toute l’histoire se réglera d’une manière, il est vrai un peu décevante par rapport au reste du film mais comme les sorcières le disent au début « l’or est la clé de l’énigme ». Chacun pourra donc y voir une fin très cynique ou très cliché selon son interprétation. Pour notre part, la dernière phrase du film reflète la pensée sincère d’un Alex De La Iglesia toujours subversif. C’est la vieille sorcière qui la prononce :
Ils ont de l’argent, une voiture, un pavillon, un chien, un jardin et tout cela les détruira peu à peu.

Mise à part cette fin, tout comme Alex De La Iglesia il ne faut pas bouder son plaisir devant ce film qui, s’en être le meilleur opus du réalisateur, n’en reste pas moins un sacré morceau de fun et d’humour noir qui fait plaisir. Le film a connu une diffusion plutôt confidentiel par chez nous alors n’hésitez pas à le découvrir…

T.