Interstellar – terre à Terre

Un film de
Christopher Nolan

Avant de donner mon avis je préférais laisser couler un peu d’eau sous les ponts car on ne peut pas parler d’Interstellar sans en spoiler quelques parties. Vous êtes prévenus.

Etant un grand passionné de science fiction, comme beaucoup, j’attendais beaucoup (trop?) du dernier film de Nolan. Au moins l’équivalent de ce que la littérature peut nous offrir en grandes fresques spatiales. Un vrai film de Hard-science (genre de science fiction dans lequel les technologies décrites et les formes sociétales présentes dans l’histoire ne sont pas en contradiction avec l’état des connaissances scientifiques au moment de sa création).
Et malheureusement ce n’est pas encore le grand film attendu. La raison essentielle à cela étant à mon avis qu’il a constamment « le cul entre 2 chaises ». Entre fresque épique et drame intimiste. Entre problématique existentielle et grand spectacle du samedi soir. Cela aurait pu fonctionner mais l’équilibre ne se fait jamais réellement. On passe de l’un à l’autre sans être touché par l’un ou émerveillé par l’autre.

Interstellar raconte l’histoire de Cooper, ancien astronaute qui reprend du service parce qu’on pense qu’il est l’un des derniers à pouvoir sauver l’humanité en allant explorer de nouvelles planètes potentiellement habitables. Pour cela il devra abandonner sa fille et son fils à leur sort tristement terrien. Toutefois, mû par l’amour pour sa famille (tout particulièrement sa fille; son fils pouvant se démerder) il lui fait la promesse de revenir.
Tout d’abord, le plus gênant c’est que le film n’aborde jamais frontalement sa problématique : La fin possible de toute l’humanité. Il l’esquive même en ne adoptant le point de vue d’une famille américaine typique (Bon c’est sûr, le père est un ancien cosmonaute quand même). Il supprime également tous les éléments qui pourraient nous rattacher un peu trop à notre époque. Mais il conserve les images d’épinal de la société américaine : Baseball et fermiers du midwest…

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Et c’est là la première chose qui m’a vraiment rebuté, jamais on ne ressent la peur qu’engendre l’idée de la disparition totale de l’homme. On a presque l’impression que c’est un prétexte pour nous amener ce qui va suivre, l’histoire qui lie Cooper à sa fille. Cela a pour effet de gâcher l’importance du voyage qui suit et le ramène à un défilé de carte postale de l’univers. Sans doute fort bien renseigné, ses images de l’espace sont assez belles c’est certain. Je ne remets nullement en cause les plausibles faits scientifiques évoqués. Mais que le sort de la planète ne soit évoqué qu’à travers une phrase : quelque chose comme  » Du jour au lendemain, la Terre s’est mise à nous en vouloir, on a pas compris pourquoi »… Je trouves ça plutôt léger. Et donc la fin du monde de se résumer à 3 tempêtes de sables et un groupe de 4×4 rempli d’affaires roulant sans savoir où il va. Et beaucoup de sable. Rien de bien méchant finalement. Quand aux autres pays, sont-ils évoqués ?
De même, la référence de Cooper à l’Amérique des pionniers, des explorateurs me semble plus que douteuse. L’Amérique des pionniers est aussi celle qui a créer un génocide majeur. Le massacre de natifs américains. Je trouve la référence déplacée.
Quelques scènes réussissent à émerger du lot, prouvant que Nolan reste quand même un bon réalisateur. Celles notamment où il revoit les témoignages de sa fille sur les 20 ou 30 ans (une idée simple mais qui nous donne vraiment le sentiment du temps qui passe). Le robot qui, malgré son aspect daté, est plutôt rigolo et doté d’une vraie personnalité. La scène d’amarrage raté à la station de Matt Damon. Est ce que j’ai vraiment envie d’aborder le sujet de Matt Damon dans le film ? Un coup de génie de Nolan, autant que la mort de Marion Cotillard dans le dernier batman.

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Matt !! Mais qu’est ce que tu fous là !

Il s’avère qu’on comprend donc assez rapidement que son propos doit être ailleurs. Heureusement il nous donne 3 heures pour le trouver.Ce propos qui me semblait capital pour l’avenir de l’être humain : toute action a une conséquence. Ou alors il s’en sert dans son histoire de la manière la plus égoïste possible. C’est Cooper qui a prévenu sa fille de la façon de rendre le voyage possible, ce sont des êtres humains du futur qui nous préviennent de la façon dont il faudra sauver l’humanité. Mais pourquoi à ce moment précis, pourquoi la solution c’est la colonisation ? Est ce que cela signifie que l’univers est à nous ? (l’homme; j’irais jusqu’à dire l’américain). Est ce que cela signifie qu’il ne peux pas y avoir d’autres formes de vie dans l’univers?
D’ailleurs le voyage spatiale ne sera pour Cooper que le moyen de revenir à la maison en ouvrant une porte sur la cinquième dimension qu’ils appellent la gravité ou l’amour (au sens du sentiment qui transcende toutes les barrières physiques et mentales). Et qui ressemble à l’idée que l’on peut se faire de dieu. Et c’est pourquoi il ne peut y avoir de vie extra-terrestre si c’est l’Amour-Dieu qui dirige les Hommes. Mais comme il le dit encore un fois : « on aime rarement plus que ses enfants ».

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On peut donc prêter toutes les bonnes intentions qu’on veut à Nolan, « poser son cerveau à l’entrée » mais il faut bien avouer que Interstellar n’est pas Star Wars ou même les gardiens de la galaxie dans son côté grand spectacle et il n’a pas la force de 2001 ou de Solaris dans sa réflexion.
En l’état Interstellar est le film d’un réalisateur qui affiche une philosophie de religieux, gentiment réac. Ce que j’avais d’ailleurs soupçonné sur Dark Knight Rises(et son rapport au leader des opprimés Bane). Le monde et l’homme sera sauvé par l’amour (de sa famille) dans un monde américanisé. C’est ce que l’une des images finales; avec ces enfants jouant au baseball dans une station spatiale qui ressemble à une banlieue typiquement américaine; nous laisse à penser. C’est bien les limites d’Interstellar, nous proposer un voyage intersidéral de plus de 3h00 pour finir sur une imagerie des années 50. L’avenir de l’humanité!? On accorde parfois à Nolan le crédit d’un véritable auteur œuvrant dans le blockbuster. Mais à part ces intrigues complexes desquelles il arrive toujours à se tirer, la force de sa mise en scène reste encore à prouver (qu’on se rappelle pour exemple le combat entre Batman et Bane complètement raté de the dark knight rises).
On pourrait discuter pendant des heures de ce qui ne marche pas dans Interstellar mais il y a tant de détails dans le film et de circonvolutions qui n’aboutissent nulle part (au hasard, c’est qui le gars qui suit Jessica et à qui elle roule une pelle à un moment ? Une des scènes les plus artificielles du film).
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Mais en l’état, Interstellar est un film à la structure bancale qui à force de vouloir trop en dire ou d’essayer de rebondir d’un genre à l’autre se perd dans les méandres de son scénario. De plus le film nous montre que l’Homme n’évolue pas, il reproduit les mêmes erreurs dans des endroits différents : voire la station spatiale, et le combat pitoyable et assez surfait sur une planète inhabitable entre Matt Damon et Cooper. 

Pour résumé Interstellar c’est un film Canada Dry. Il a la couleur d’un grand film de science fiction mais il ne nous en procure que très rarement l’ivresse. Film trop bien pensant à mon goût qui fait illusion en masquant sa vacuité derrière un langage et des références techno-scientifiques finalement assez inutiles.

On pourra quand même lui reconnaître une qualité : c’est de faire parler les spectateurs. Polémiquer, s’enflammer, extrapoler ou descendre le film; c’est faire vivre le cinéma. Et c’est déjà pas mal. Même si évidemment Interstellar bénéficie d’une couverture largement plus importante que d’autres films bien plus intéressant
Alors, on en cause?…

PS:
D’ailleurs, peut être que la vérité est que Cooper est le seul humain à avoir survécu grâce au trou noir. Il erre dans un espèce de No Man’s land où il imagine tout ce qui pourrait le satisfaire comme revoir sa fille, retrouver le docteur Brand, que l’humanité (C’est à dire sa famille et quelques voisins soient sauvés) pour occuper sa vie sans but. Il a tout et rien à la fois. Cooper est devenue un Beyonder (Les guerres secrètes de Marvel). Oui là d’accord tu m’as eu Christopher.