La Bataille de la Montagne du Tigre

Le 28 Novembre  à 20h30
Fresque Historique entre James Bond old school et sérial endiablé par le maître de l’action Tsui Hark

SYNOPSIS :

En 1946, après la capitulation japonaise, la guerre civile fait rage en Chine. Des bandits sans foi ni loi en profitent pour occuper le nord-est du pays. Hawk est le plus puissant et le plus redouté de ces barbares. Avec ses hommes, il vit dans une forteresse imprenable, lourdement armée, au sommet de la Montagne du Tigre. L’Unité 203 de l’Armée de Libération traverse cette région lorsqu’elle tombe sur des hommes de Hawk en train de piller un village. Le Capitaine 203 décide alors de rester et de combattre le chef de ses criminels. Mais, cela n’est possible que si l’officier de reconnaissance Yang réussi à s’infiltrer d’abord dans le camp retranché de Hawk. Une bataille impitoyable, faite de force et de ruse, commence…

un film historique certes mais avec des bad guys furieusement iconiques

Nous accueillerons l’avant-dernier opus du génial Tsui Hark; son dernier Journey to the West 2 n’est pas sortie en France. La Bataille de la montagne du tigre est sortie en 2015 en France. Il n’a connu qu’une diffusion rapide et presque confidentielle par chez nous. Pourtant Tsui Hark est un réalisateur de génie qui manie avec brio l’art du grand spectacle populaire, la maestria visuelle sans équivalent et un sens de l’Histoire de son pays et de sa culture qui lui permet de glisser un propos souvent pertinent qui n’entache jamais son imaginaire formel foisonnant en perpétuelle mutation. The Blade, Green Snake ou Il était une fois en Chine nous décrit des personnages passionnants, émouvants et toujours attachants. Ce n’est pas pour rien que certains l’appellent le Spielberg Chinois. Actif depuis les années 80, il fait partie avec John Woo (Il a produit the Killer et le syndicat du crime 1 et 2) des personnalités qui ont inventés les nouveaux codes du cinéma d’action des années 80 qui a influencé le cinéma mondial jusqu’à nos jours. On retrouve certainement de sa folie dans les opus Kingsman par exemple.
Tsui Hark est également l’un des réalisateurs qui cherche à repousser les limites visuelles de sa réalisation. C’est le roi du raccord au cordeau, De la spatialisation vertigineuse des séquences d’actions : Il faut voir la séquence de poursuite verticale dans les immeubles dans l’extraordinaire Time and Tide ou le combat final dingue de Il était une fois en Chine 2 ou les pieds des protagonistes ne doivent pas toucher terre pour comprendre à quel point la mise en scène de Tsui Hark défie constamment les lois de la physique pour le plaisir du spectateur. Alors quand il s’empare du relief. Ce n’est pas rajouter une plus value artificielle, un gadget sur vendu pour film en manque de substance. Non Tsui Hark, depuis Détective Dee, travaille la matière du relief. Il l’explore avec bohneur comme il le faisait avec sa mise en scène. Pour accroître le plaisir d’immersion du spectateur.

Tsui Hark n’a rien perdu de sa superbe pour notre plus grand plaisir. La Bataille de la Montagne du Tigre comme nombreux de ses précédents films contient en lui tous le sens du spectaculaire de Tsui Hark, sa maîtrise incroyable de la spatialisation des séquences et des interactions entre les personnages et les plans mais aussi son regard si particulier sur la culture et l’histoire de son pays en les modernisant . En effet la bataille de la montagne du tigre est adapté d’un roman très populaire en Chine écrit par Qu Bo et sorti en 1957 ; les chemins de la forêt enneigée ; l’auteur s’inspire de son passé de combattant pour l’ALP (Armée de libération du peuple) pour raconter les exploits et le courage d’un commando d’une trentaine d’hommes qui vont lutter contre des bandits qui s’érigent en seigneurs de guerre pour terroriser les villageois et imposer des lois mafieuses dans toute la région. Ce livre donnera naissance à un opéra très célèbre en Chine puis rapidement à un film en 1970 réalisé par Xie Tieli -réalisateur officiel du gouvernement chinois-. C’est un extrait de ce film que le jeune héros voit à la télé dans les séquences se déroulant à notre époque. C’est là ou intervient le travail de fond et le génie de Tsui Hark. Le matériau est dangereux a manipulé et si le film ne plaît pas aux autorités, Tsui Hark  pourrait plonger dans la marginalité et être déposséder de tous les moyens mis à sa disposition pour concrétiser ses rêves de flamboyance visuelle. Mais Tsui Hark pratique l’art de la réinterprétation des mythes et de la culture chinoise depuis suffisamment longtemps pour savoir dans quelle direction il veut emmener La Bataille. En effet il décharge La Bataille de la montagne du tigre de toute connotation politique ; aucune référence n’est jamais faite au gouvernement de l’époque, à la mission nationale de l’armée (Ils ne sont là que pour rétablir la justice et aider les villageois). Les bandits sont caractérisés comme des personnages de Manga, poses et attitudes ultra-graphique, et le méchant interprété par un Tony Leung Ka-fai méconnaissable évoque presque un personnage de cartoon diabolique.

le Krapulax de La bataille de la montagne du tigre

Et puis le final et l’introduction dans le présent sont des éléments fondateurs du désir de Tsui Hark : redonner à la jeunesse contemporaine les moyens de se réapprorier son histoire et y remettre un semblant de vérité humaine. En effet les personnages des soldats ont permis au héros contemporain d’exister en sauvant son grand-père. Il efface ainsi brillamment les images de l’opéra propagande du gouvernement  à travers une mise en scène généreuse, fantaisiste qui convoque le film d’espionnage, le film de guerre, le sérial épique dans un maelström visuel cohérent et savamment orchestré. Jusqu’à la séquence finale, sorte de pied de nez ultime engageant clairement à réinventer l’Histoire au gré de son imagination et par la même a ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu’on nous raconte parce que comme le dit Joss Whedon :
« Tout ce que nous pensons de nos propres vies est une fiction recréée. C’est une histoire que nous nous racontons en oubliant le reste. »

Nanti d’une superbe 3d, la Bataille ravit par sa générosité dans le spectaculaire.

Petite filmographie sélective du maître :
1980 : L’enfer des Armes – BA 
1983 : Zu, les guerriers de la montagne magique – BA
1991/1992 : Il était une fois en Chine 1&2 – BA 1  –  BA 2
1993 : Green Snake – BA
1994 : The Lovers (pas trouver de Bande Annonce, malheureusement parce que c’est l’un de ses meilleurs films. Si ce n’est le meilleur).
1995 : The Blade – BA
1995 : Le festin Chinois – BA
2000 : Time and Tide – BA  Un must à voir. Un autre de ses chef d’oeuvres.
2010 : Detective Dee – BA
2014 : Detective Dee 2 – BA